Les vers me mangent. Je suis peut - être morte. Il ne savent pas ce qu'il y a eu. Dans ce corps. Car voila ce que je suis. Je ne suis plus rien, je suis un corps. On va me manger cette nuit.
Ils commencent par mes cheveux. Ma marque de fabrique. Personne ne connait Sophie. Sophie la mal coiffée. Elle on la connait mieux. On ne touche pas à sa tignasse de peur de perdre notre main. Mais les bêtes, elles ont en rien à foutre. Ça rentre dans l'orifice buccal. Ensuite ils font des petits trous dans mon crâne. Lui qui a des cicatrices de 15 ans de vie avec 3 frères ainés. Mais pour eux, ce n'est qu'un bout de peau, malheureusement pas peuplé de poux, histoire de faire plus de viande. Ensuite ils mangent ma cervelle. Ça ne doit pas être très nourrissant vu le nombre faible de contractions. Mon cerveau. Lui qui a imprimé toutes ces informations, toutes ces images, ces voix. Ils détruisent ça à petits coups de dents. Il déchirent cette chaire tendre et juteuse. Ils attaquent mon front. Celui qui prouvait que j'étais ce que j'étais, une adolescente chiante et boutonneuse. Mais eux, adolescente jeune, conne ou bonne, ils en ont rien à faire ils sucent ce qu'ils peuvent. Ils mangent mes sourcils. Le droit doit être plus dur et plus musclé. Je l'ai tellement levé. Par non compréhension, par énervement, par étonnement ou provocation. Pour eux, mon sourcil est une nourriture comme une autre. Peut être meilleure grâce à son aspect juteux. Ensuite ils pénètrent mes yeux. Détruisent le vert et le marron. Dégustent lentement. Sans les yeux on est rien. Les mien vous ont regardé longuement avec hargne ou brièvement en souriant. Ils ont vu la nature, la vie humaine, le désordre, le désir la colère et la misère. Beaucoup de choses. Des milliards d'images. Mes propres larmes couler, mes expressions et mes émotions. Je les ai vus. J'ai vu les votres aussi. Beaucoup de choses. Mais toutes ces images ne prennent pas de place. Alors les insectes ont accès rapide pour gratter et ingérer le gluant. Ensuite ils mangent mon nez et mes joues. Beaucoup de viande la dedans. Avec des tâches de rousseur pour saupoudrer le tout. Tellement d'histoires et de blagues seront mangées ce soir. Ils passent à ma bouche. Elle en a fait des choses elle aussi. Des choses bien, des choses pas bien. Que mes parents m'ont apprises, que mes amies m'ont apprises, que les garçons m'ont apprises. Le sourire sincère, le tordu et pas très jolie. Le sourire d'une fille heureuse, immense et indélicat. Le sourire hypocrite, les dents alignées et les joues creuses. Le tout avalé par les bêtes. Ensuite ils attaquent ma gorge. Mes cordes vocales. Tout. Ils gobent mes paroles, les cris et les rires. Les "je sais plus" du gêne, les chansons fausses, les mensonges aussi. Mais ils s'en foutent il avalent ce qu'ils peuvent. Ils descendent jusqu'à mon cou. Celui que je fais craquer 14 fois par jour, celui qui tient ma tête même quand je pense qu'il ne pourra plus. Mais il est trop gros alors ils récupèrent les bouts pour les copains, en espérant que le gras ne fonde pas sur la route. Ils ont rendez vous avec ma poitrine. Un grand sujet de conversation chez ToOKi, le balancement super désagréable quand tu cours, les regardes, certes brefs et rares mais qui rendent fous. Allez y, bouffez bouffez j'en ai rien à fouttre. Dessous cette chose il y a un c½ur. Rien. Des ventricules et des oreillettes. Ils sucent jusqu'à que les artères soient sèches et rétrécies. Ils font un collier avec les morceaux restant et se cassent avec mon c½ur. Ils descendent jusqu'à mon ventre. Celui que je rentrais, qui a encore du mal à tenir toute ma nourriture. Celui qui a si souvent été tapé par mes frères. Ils le découpent en petits bouts et ils mâchent lentement. Ils passent à mes parties génitales chromosome X. Celles qui criaient "Je suis vierge. Faites quelque chose pour moi " et qui auraient mieux fait de la fermer. Les bêtes tâtent et commencent par les parties les plus dures. Le meilleur pour la fin. Ils regardent plus bas. Ils découvrent mes cuisses. Se glissent lentement en laissant leur bave derrière eux. Mes cuisses qui m'ont tenu ces 15 dernières années, qui me permettent de marcher et courir sur le terrain. Ouais, vous me direz je cours pas au basket. Allez y, Monsieur Madame les enfants. Ya de la viande ! Les voila. Jamais satisfaits. Ils descendent jusqu'à mes mollets. Ça c'est trop triste. Bon allez y. Mes mollets toujours bronzés grâce au port intensif du short jaune. Ils mordent. Ils détruisent. Ils séparent en plusieurs bouts, laissent sécher le muscle et accompagnent le tout de sang bleu. Ils attaquent mes pieds. Ils ont un peu de mal car ils sont durs. Ils ont touché tellement de choses. Ils ont été brulés, on a pu y retrouver du verre, du goudron, des clous et des dards. Ils ont marché nus dans l'eau et la montagne, dans différents continents et chez les gens qui me sont cher. Tout un passé. Mais les bêtes s'en moquent elles aiment la peau. Ils finissent enfin par mes os. C'était pas dur, ils ont déja été cassés. Ils grattent et ils gobent. Ils me mangent. Ils ne mangent pas que mon corps. Ils avalent tout mon passé. Ils engloutissent mes histoires. Ils me détruisent.
Allé suce mon sang, je suis morte. Je pars loin.
Brûle moi
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